|
Cet
article présente un modele mathématique
simple, précis et capable de décrire
les caractéristiques mécaniques
instationnaires du moteur diesel
durant son cycle thermodynamique.
L’approche s’appuie sur la
connaissance préalable de la
pression cylindre. Les effets d’inertie
des masses en mouvement sont pris
en considération. La détermination
des caractéristiques mécaniques
instationnaires en bout d’arbre
est rendue possible grâce a l’intégration
d’un modele de frottement
instantané, élaboré par
Rezeika et Henein [1]. Les
résultats obtenus sont
satisfaisants.
Mots clés
: Modélisation
– moteur thermique - frottement.
Nomenclature
|
a :
distance du centre de
gravité de la bielle a
l’axe du piston [m]
C : couple [Nm]
D : diametre [m]
E : épaisseur [mm]
F : force [N]
g : accélération de la
pesanteur [m/s2]
h : épaisseur du fil d’huile
[m]
I : moment d’inertie [kgm2]
K : facteur de
transformation
L : longueur [m]
m : masse [kg]
N : vitesse de rotation
[tr/mn]
Ns : nombre de segments
nse : nombre de soupapes
P : poids [N]
PMH : point mort haut
PMB : point mort bas
p : pression [N/m2]
R : rayon [m]
Re : réaction de palier
[N]
s : surface du fond de
piston [m2]
T : Tension des ressorts
[N]
V : vitesse [m/s]Lettres
grecques :
f : angle de la
bielle par rapport a l’axe
du piston
|
g : accélération du
piston [m/s2]
l : rapport R/L
m : viscosité dynamique
[Ns/m2]
q : angle du vilebrequin
w : vitesse de rotation
angulaire du vilebrequin
[rd/s]Indices :
a :
auxilliares, axiale
b : bielle
c : tourillon du
vilebrequin
e : élasticité, étanchéité
eff : effectif
f : frottement
G : centre de masse de
la bielle
g : gaz
i : inertie
j : jupe
in : indiqué
m : moteur, manivelle
p : piston.
r : radial, racleur
R : résistant
s : segment
t : tangentiel
v : volant
x : direction de l’axe
ox
y : direction de l’axe
oy
|
La
connaissance du couple et de la
vitesse de rotation instantanée
des moteurs thermiques a
combustion interne équipant les
véhicules routiers est capitale.
Ces grandeurs résultent
directement du mode de
fonctionnement du moteur. Par
conséquent, le contrôle du
niveau de performances de ces
moteurs et l’optimisation de
leurs caractéristiques énergétiques
et écologiques passent par la maîtrise
du couple et de la vitesse de
rotation a tout instant.
Actuellement,
les voies expérimentales
permettant l’acces aux caractéristiques
dynamiques du moteur, se résument
en:
- L’utilisation
d’un couple-metre instantané.
Ce moyen a beaucoup d’avantages
mais nécessite la connaissance
du couple résistant instantané.
Par ailleurs, les bons capteurs
sont chers et demandent un haut
niveau technique.
- La
mesure de la vitesse de
rotation instantanée. Les
moteurs peuvent etre équipés
de volant spécifique pour cette
mesure. C’est une voie possible
mais le calcul du couple
instantané a partir de la
vitesse est un probleme complexe
[1][2] .
- L’utilisation
d’un capteur de pression
cylindre. La variation de la
pression cylindre permet de
calculer le couple indiqué.
Hormis la délicatesse de cette
mesure, cette technique devient
couteuse si on associe a l’ensemble
des cylindres des capteurs dans
le cas d’une utilisation de série.
Notre travail développe donc un
modele mathématique qui prédit
la variation instantanée de la
vitesse de rotation et du couple
moteur a partir de la pression
cylindre mesurée. Nous considérons
le cas du moteur monocylindre. Le
cas multicylindres (n cylindres)
est une simple extension qui
consiste a considérer ‘n’
combustion qui se produisent par
cycle. Pour approcher d’avantage
la réalité de fonctionnement du
moteur, il est nécessaire de
tenir compte des frottements qui
s’y produisent. A cet effet, un
modele de frottement performant
a été sélectionné, ce qui
permet d'évaluer le couple en
bout d’arbre.
Ainsi,
a l’aide du modele que nous
élaborons et au vu des
performances actuelles des moyens
informatiques, une amélioration
certaine dans les travaux de modélisation
des performances du moteur en régime
transitoire pourrait s’effectuer
en s’affranchissant l’approche
classique du quasi-stationnaire.
Cette approche s’avere
insuffisante notamment pour les
moteurs rapides.
Le
développement de notre modele s’appuie
sur l’étude cinématique et dynamique
de l’attelage mobile constitué
du piston, de la bielle et de la
manivelle, figure (1). Les résultats
seront discutés.
|
2.
Modele mathématique du couple
des gaz
|
Afin de bien appréhender ce
modele, il est nécessaire d’établir
l’équilibre dynamique de l’attelage
mobile. Pour cela, il est intéressant
d’isoler et d’étudier chacun
de ses éléments constitutifs.
|
2.1 Equilibre
de la bielle
|
Au vu de la complexité
du mouvement de la bielle, on lui
substitue un systeme
dynamiquement équivalent,
constitué par deux masses
ponctuelles mA et mB
concentrées aux points A et B,
figure (2). Ces deux masses
doivent satisfaire les trois
conditions:
On se trouve donc en présence
de trois équations pour déterminer
deux inconnues mA et mB.
En pratique, on abandonne la
troisieme condition et on évalue
les efforts développés en
chaque extrémité en affectant
chacune d’elles d’une masse
fictive propre. Par conséquent,
en considérant:
on déduit a partir des deux
premieres conditions les masses
mA et mB
comme:
La troisieme condition
signifie que le moment d’inertie
autour du centre d’inertie G
est resté inchangé. Le bilan
des forces appliquées a la
manivelle est représenté par l’équation
(1):
Le piston constitue la paroi
mobile de la chambre de
combustion. Son mouvement
rectiligne transmet a l’attelage
moteur l’énergie fournie par
les gaz de combustion. Sur la
figure (3) sont représentées
les forces appliquées au piston
dues a la pression des gaz
,
les forces réactives et
appliquées
en A, la force d’inertie
et
celle de la pesanteur
.
Le contact segment–chemise génere
évidemment une force de
frottement .
Le bilan de l’ensemble de ces
actions conduit a l’équilibre
du piston:
|
2.3. Equilibre de la manivelle |
La figure (4) montre les
différentes forces appliquées
a la manivelle. Celle-ci est
soumise au point B au poids de la
tete de bielle
,
aux forces réactives de
liaison
, et
a la force d’inertie
centrifuge .
Par ailleurs, la manivelle
constitue le siege de
manifestations des couples moteur
, résistant
et
d’entraînement des organes
auxiliaires du moteur
(pompe
d’injection, alternateur, pompe
a eau…). Les conditions d’équilibre
de la manivelle sont traduites par
le systeme d’équations (3) et
(4):
L’étude cinématique du
systeme bielle-manivelle a pour
objet la détermination de l’expression
analytique des vitesses et accélérations
instantanées de chaque élément
constitutif. Compte tenu de cette
étude et des équations (1) a (4)
on aboutit a un systeme de huit
équations. Un traitement mathématique
approprié résout ce systeme et
conduit au modele algébrique du
couple instantané des gaz en
fonction de l’angle q du vilebrequin:
Ce modele integre les caractéristiques
géométriques du moteur, les
masses en mouvement, la pression
des gaz ainsi que les forces de
frottement désignées par le
terme
.
|
3. Expressions
des couples élémentaires de
frottement
|
Le frottement piston-chemise a
fait l’objet de plusieurs
travaux de recherche [3][4][5].
Les plus célebres sont ceux de
Rezeika et Henein [3]. Ces
chercheurs ont établi pour le
frottement piston-chemise deux
modeles corrélatifs. Le premier
correspond au régime de
lubrification hydrodynamique et
le second au régime de
lubrification mixte. En effet,
lorsque le piston se trouve au
voisinage du PMH en phase de
compression-combustion, d’importants
efforts se manifestent suite aux
pressions élevées des gaz et le
régime de lubrification
hydrodynamique dégénere vers
un régime mixte. Le modele [3]
a été adopté pour exprimer les
couples élémentaires de
frottement. Sa formulation est la
suivante:
- Frottement
Piston –chemise
Les
couples de frottement piston-chemise
transmis au vilebrequin s’expriment
par:
*
Lubrification hydrodynamique
· Lubrificationmixte
- Frottement jupe-chemise
Le
couple de frottement jupe-chemise
transmis au vilebrequin s’exprime
par:
- Frottement du palier
de vilebrequin
Le
couple de frottement du palier de
vilebrequin est décrit par:
Le
modele de frottement adopté
tient compte également des
couples nécessaires a l’entraînement
des organes auxiliaires ainsi que
le systeme de distribution. On
dispose donc des expressions:
- Pertes dues a la
distribution
Le couple d’entraînement
de la distribution est défini
par:
- Pertes dues aux organes
auxiliaires
Le couple d’entraînement
des organes auxiliaires (pompe
a eau, pompe a huile, pompe a
injection, alternateur,…) est
considéré constant au cours du
cycle et s’exprime comme:
(11)
Le
tableau (1) défini les valeurs
numériques des parametres d’ajustement
qui interviennent dans les équations
(6) a (11)
Tableau 1: Définition
des parametres d’ajustement
des couples de frottement.
| 4. Vitesse instantanée
du volant |
La détermination de la
vitesse de rotation instantanée
s’obtient par application au
volant moteur de la loi
fondamentale de la dynamique:
Apres discrétisation de l’équation
(12) et conversion de la vitesse
angulaire, nous obtenons:
| 5. Résultats et
discussions |
Pour les besoins de simulation,
nous utilisons les données d’un
moteur diesel a 4 temps, a
injection directe avec
suralimentation refroidie. Ce
moteur possede les caractéristiques
suivantes :
Alésage : 120 mm
Course : 145 mm
Rapport Volumétrique de
Compression: 17
l=0.25, =3.2
kg,
=7
kg, L=0.28m

|

|
Fig.1 : Schéma
synoptique de l’attelage
mobile d’un moteur
thermique alternatif
|
Fig. 3 : Charges
appliquées au piston
|

|

|
Fig. 2 : Charges
appliquées a la bielle.
|
Fig. 4 : Charges
appliquées a la manivelle.
|
Fig. 5 : Relevé expérimental
de la pression cylindre du moteur
considéré. (N=1000 tr/mn ; Cr=1.85
daN)
Le relevé expérimental de la
pression cylindre sur le banc d’essai
de ce moteur s’est effectué a
1000 (tr/min) sous un faible
couple résistant moyen affiché
par le frein de 1,85 (daNm). La
figure (5) montre l’évolution
de cette pression sur un cycle.
La fréquence d’acquisition sélectionnée
est de 7 kHz.
La
figure (6) illustre l’évolution
du couple instantané en considérant
le cas d’un seul cylindre sans
tenir compte des effets d’inertie
de l’attelage mobile. Ce couple
se caractérise par une évolution
sensiblement constante durant l’admission
et l’échappement alors qu’il
atteint le maximum dans la zone
de combustion. Les valeurs négatives
du couple pendant la phase de
compression nécessitent la
restitution de l’énergie
emmagasinée dans le volant d’inertie,
organe indispensable au bon
fonctionnement normal du moteur.
Par ailleurs, la figure (7)
montre la variation de la vitesse
de rotation instantanée au
niveau du volant. Elle est
minimale en fin de compression ou
la vitesse du piston s’annule
et atteint le maximum en fin de détente.
La vitesse moyenne calculée étant
de 1000 (tr/min) correspond bien
a la valeur mesurée expérimentalement.
La prise en compte de l’inertie
de l’attelage mobile montre que
son effet est tres distingué
durant le cycle de fonctionnement
du moteur. En effet, l’inertie
confere une meilleure régularité
cyclique comme c’est montré
sur la figure (8).
La vitesse de
rotation instantanée figure (9),
voit également en présence de l’effet
de l’inertie sa forme s’harmoniser
durant les phases d’admission
et d’échappement. Elle se
caractérise par des extremums a
chaque fois que le couple moteur
s’annule.
La
figure (10) représente l’évolution
du couple de frottement total
selon le modele de Rezeika et
Henein. La représentation du
couple moteur effectif, couple
indiqué et du couple de
frottement total est montrée sur
la figure (11). Sur cette figure
on remarque que le rapport du
couple effectif sur le couple
indiqué est quasiment constant,
ce qui indique que le rendement
mécanique instantané oscille
sur un cycle autour de la valeur
moyenne de 93%.
Cette
étude montre la possibilité d’estimer
en instantané le couple moteur
indiqué, le couple moteur
effectif et le frottement total
du moteur a l’aide de la
pression cylindre mesurée. Le
modele développé est simple,
purement algébrique et ne
souffre donc d’aucun probleme
d’instabilité. Le modele de
frottement moteur adopté est
local et instantané. Il tient
compte des pertes aussi bien au
niveau des éléments d’attelage,
ainsi qu’au niveau des organes
auxiliaires et des éléments de
commande.
Les
grandeurs moyennes calculées du
couple et de la vitesse instantanée
correspondent a celles mesurées
ce qui laisse présajer la
validité de ce modele. En tous
cas les tendances obtenues sont
en parfaite concordance avec ceux
des travaux [2] et [5].
[1] S. Ginoux,
J.C. Champoussin : Engine
Torque Determination by Crank
angle Mesurements State of the
Art , Future Prospects. SAE, Technical Paper Série
970532, pp.1-5, 1997.
[2] J. Williams, M.C.
Witter : Individual Cylinder
IMEP Estimation Using Crankshaft
Angular Velocity Measurements.
SAE- n°0990-01-2001.
[3] S.F
Rezeka, N.A. Henein : A new
approach to evaluate
instantaneous friction engine. S.A.E Paper, n°840179,
1984
[4] S.L.
Marek, N.A. Henein :
Transient Engine and Piston
Friction During Starting. S.A.E,
Paper, n° 922195, pp.1863-1869,
1998.
[5] M.
Benhassaine : Etude expérimentale
et modélisation des frottements
locaux instantanés, piston-chemise
en moteur diesel. LTE, ECL, Lyon,
France, 1993.
|